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CHAPITRE 12 LE GOLFE NOIR |
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Une guerre n’a jamais été propre, celle du Golfe a même réussi à salir la mer. Le monde n’a jamais connu une telle marée noire; environ 1,4 million de tonnes de pétrole venant d’au moins trois sources différentes: le terminal d’Al-Ahmadi, les pétroliers coulés au début du conflit et les citernes saoudiennes détruites par les missiles. Les nappes ont couvert au total plus de 1000 kilomètres carrés, sur les 239 000 du Golfe. Il s’agissait principalement de "Koweït Light", un hydrocarbure très léger dont la moitié s’est évaporée dix jours après leur irruption... Quant au reste, la majeure partie s’est transformée en "mousse au chocolat" (émulsion eau pétrole de la même densité que l’eau) qui ne pourrait disparaître que par le recours à des bateaux "pompe citerne" spécialisés pour ce genre de problèmes, et le peu, en petites boulettes d’une sorte de goudron, qui se sont déposées sur le fond... Provoquée rien que pour des raisons militaires, la marée noire n’avait eu que des conséquences écologiques, surtout qu’elle ne pouvait pas gêner les déplacements maritimes, vu que la plupart des embarcations de guerre ont la prise d’eau de refroidissement plus profonde que la nappe stagnante, alors que les aéroglisseurs, eux, passaient sans difficultés. Catastrophe, surtout que la qualité des eaux du Golfe (très chaudes et riches en bactéries) est un milieu favorable pour la biodégradation du pétrole; dramatique pour la faune et la flore: les coraux étant extrêmement variés dans cette région. Le risque est aussi sérieux au niveau des centrales de désalination installées tout au long de la rive ouest du Golfe, vu la présence d’une légère partie de la nappe qui s’est transformée en forme de petites boulettes en suspension dans l’eau. Le pire était la pollution causée par l’embrasement d’une grande partie des puits au Koweït. Elle n’a fait qu’aggraver la situation, c’est la catastrophe écologique de tous les temps. En effet, selon un conseiller scientifique: le fait qu’un grand nombre de puits de pétrole soit embrasé entraîne la propagation de centaines de milliers de tonnes de gaz nitrique et sulfurique se propageant dans l’atmosphère, modifiant ainsi tout le système des climats. Selon un autre spécialiste de l’atmosphère à l’université de Californie, trois mois d’incendie produiraient un nuage de fumée aussi large que tout le territoire des Etats-Unis. Celui-ci empêcherait la terre de se réchauffer et l’hémisphère Nord ne connaîtrait plus de printemps; les pluies de la mousson, dont dépendent les cultures vivrières de millions d’Asiatiques, seraient supprimées. On connaîtrait alors une année sans été, comme 1815; cette année là, suite à l’irruption du volcan Tambora en Indonésie, il neigeait encore sur Boston en plein juillet. Tout va dépendre de la hauteur du nuage de fumée, précise un autre universitaire; plus il s’élèvera , plus nous aurons à craindre, et s’il réussissait à s’élever au niveau de la stratosphère, alors le monde connaîtrait un hiver nucléaire (autrement dit glaciaire). C’est un scénario que les scientifiques écartent actuellement, mais l’hémisphère Nord endurera certainement de pas mal de problèmes... Mais comment éteindre tout un pays en flammes? Un homme, un seul, est capable d’affronter cet enfer et le vaincre: Paul "Red" Adair, l’homme de l’impossible. A 75 ans, le vieux Texan-dur-à-cuire a été toujours le pompier de la dernière chance. Depuis qu’il sillonne la planète d'explosions en catastrophes, de l’Algérie en 1962, à la plate-forme pétrolière Piper-Alpha en mer du Nord en 1988, il a su parfaire sa technique. Elle est simple, follement simple: placer une charge d’explosifs, à base de nitroglycérine (TNT), le plus près possible du foyer, et espérer que la détonation sera suffisamment puissante pour souffler l’incendie. Les charges étaient déposées par un bulldozer. Aujourd’hui, ces engins sont téléguidés. Autrefois, il n’y a pas si longtemps, c’était "Red" Adair qui pilotait lui-même... Il est ainsi intervenu un bon millier de fois. Mille victoires. Une défaite aussi: l’exception, c’était en 1979, à Ixtoc Un, au Mexique. Pour enrayer une formidable marée noire, "Red" avait tenté de colmater la fuite en introduisant, à trois mille mètres de profondeur, un mélange de plomb, de billes d’acier et de Nylon dans un gel de béton. En vain. Un échec dont n’aiment pas parler les hommes de la légendaire Red Adair Company (US Adair Force) basée à Houston, concentrés de toutes leurs forces et de toute leur âme sur le nouveau défi que vient de relever leur patron: éteindre le Koweït. |