Biographie


 

CHAPITRE 14

LA FEMME S’EN VA-T-EN GUERRE

 

Avec les un million de soldats entassés de part et d’autre dans le désert pour faire la guerre, plus de trois millions de femmes étaient directement concernées: il y a d’abord les mères et les épouses de ceux qui avaient fait la guerre, les "soldates", les résistantes koweïtiennes et saoudiennes, les femmes politiciennes, sans jamais oublier les femmes des leaders politiques et militaires qui étaient aussi emballées que leurs époux...

"Soldates" en treillis ou mamans en pleurs, Rambo (e) du désert ou mamies attendries... On se demande comment la femme avait accueilli la guerre cette fois-ci?

Elles n’avaient demandé que ça: il y a 20 ans, certaines brûlaient leurs soutiens-gorge en signe de protestation, elles voulaient devenir général ou curé! D’autres donnaient des mitraillettes en plastique à leurs filles et des poupées en chiffons à leurs garçons.

Dans les pays de l’Occident, notamment aux Etats-Unis et en France, les officiers "progressistes" optent déjà pour le rôle de la femme au sein des armées, tant que la guerre n’est plus une affaire d’endurance et de muscles mais de cerveau et de technologie. Pourtant, beaucoup d’autres militaires trouvent toujours mille et un prétextes pour écarter les femmes des postes de combat: soit pour des raisons génétiques, morales ou physiques soit pour des raisons purement disciplinaires: la présence de la femme au sein de la troupe est un élément perturbateur: le mâle, et sous le feu, s’occuperait plus de sa camarade que de son ennemi! Ce point de vue a été profondément élaboré, surtout par les Américains, en étalant des expériences multiples, où soldat et "soldate" se sont confrontés dans des contextes différents notamment dans des manoeuvres en grandeur nature (distance et durée). Le comportement de la femme était aussi parfait que celui de l’homme, et si jamais elle avait peur, c’était du soldat masculin... d’où le programme du "buddy" adopté par l’armée américaine qui permet à deux collégiens amis de servir ensemble dans le même régiment. Ce qui encouragera les filles à adhérer à l’armée en grands nombres.

Les femmes sont devenues indispensables, elles représentent déjà 11% des effectifs de l’armée US, et 6,5% de ceux de l’armée française. Pour les Américains, la guerre du Golfe était aussi une guerre des femmes... Une importante partie de l’effectif de l’US Army déployé au Golfe était féminine : plus de 30 000 femmes avaient posé leurs rangers dans le désert saoudien, elles avaient été près de 10% de l’effectif déployé. Elles étaient réparties dans toutes les armes, dans tous les corps d’armée. La plupart (35,2%) servent dans l’administration, 13.4% dans l’assistance médicale, 10,8% dans les renseignements et les communications, le reste fait partie de la troupe....

C’était impossible de leur interdire de faire la guerre cette fois, surtout après l’expérience vécue lors de l’invasion de la Grenade en 1983, où leur absence ordonnée par le Pentagone avait perturbé le fonctionnement: elles étaient devenues des maillons essentiels au sein de plusieurs unités (santé, renseignement, communications, logistique, maintenance, administration,...). L’état-major avait même convoqué les femmes réservistes qui s’étaient déjà formées des foyers et des enfants. Sans hésitation, elles répondirent à l’appel et partirent au lendemain en laissant chez elles papas et enfants. (L’ironie du temps...)

Au désert, bien que "la règle du risque" édictée par le Pentagone les avait dissuadées de servir dans l’infanterie, les femmes de l’US Army avaient partagé le même sort que celui de leurs compagnons masculins, elles ont été très vite emballées par la "Tempête". Comme les "Boys", les "Girls" ont pu tenir le souffle des Américains: elles étaient faites même prisonnières. Et qui ne se rappelle pas de la fameuse Melissa! Soldat femme du 233e bataillon de train, basé à fort Bliss, Texas, qui combattait aux côtés de ses compatriotes lors de la bataille de Khafji, et qui s’était faite capturée par les Irakiens avec le soldat qui l’accompagnait au bord de son camion...

Pour la France, la présence féminine au sein de la division "Daguet" était timide. En août 1990, elles étaient 150 à vouloir partir, peu sont celles qui ont été retenues, parmi elles, des convoyeurs de l’armée de l’air, d’autres appartenant au Mitha (militaire infirmier technicien des hôpitaux des armées). Elles avaient suivi une formation de réanimation de guerre particulièrement axée sur les agressions NBC (nucléaires, bactériologiques et chimiques).

Les femmes des soldats français ont fait preuve d’un patriotisme sans égal, peut-être, elles entendirent parler de l’appel de 1915 lors de la Première Guerre mondiale: "Toute femme qui, à l’heure présente, ébranlerait chez l’homme le sens du devoir envers la patrie, serait une criminelle". Alors que pour les mamans, elles aussi, portaient haut la bannière, allumaient les bougies, priaient, mais jamais n’envisageaient que leurs fils désertent: "Mon Dieu, quelle horreur! J’aurais honte". Seules deux mères avaient appelé leurs enfants à quitter leur poste.

La majorité des députées au sein de la Chambre avaient voté pour l’entrée en guerre de la France; vingt-six élues sur trente-deux étaient pour, cinq étaient contre, et une s’est abstenue.

La femme en cette fin du XXe siècle est l’être humain qui peut déjà donner la mort, comme bien la vie. La guerre n’est plus le domaine monopolisé par l’homme, le foyer n’est plus réservé à la femme. Les ressemblances entre les deux sexes se multiplient, les différences se rétrécissent; c’est l’ère du papa poule. Peut-être que dans ce mélange, la vie deviendrait meilleure.

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