Biographie


 

CHAPITRE 15

L’OURS DU DÉSERT, NORMAN SCHWARZKOPF

 

Pour faire la guerre, les Etats-Unis avaient mobilisé leurs moyens les plus gros, et les plus puissants: les porte-avions géants, les bombardiers B-52, les chars Abrams M1, et, pour couronner le tout, Norman Schwarzkopf. Ce général américain "4 étoiles", âgé de 56 ans (promotion West Point, 1956), petit-fils d’immigrés allemands, est à la hauteur de sa tâche. Il commande les 580 000 hommes de la force coalisée, mesure 198 cm et pèse 115 kg. Ce général, toujours sanglé dans son curieux treillis jaune tacheté, dit tenue "Desert One", avait appris à combattre et à commander, comme la majorité des officiers supérieurs américains dans le Golfe, depuis ses longs séjours au sud-est asiatique, où il était capitaine d’une unité aéroportée. Deux fois blessé au Vietnam, il a été décoré des plus hautes distinctions de l’armée américaine: 2 Purple Hearts pour blessures, 3 étoiles d’argent, 3 étoiles de bronze et la Distinguished Service Medal.

Surnommé "l’Ours", c’est le nom dans lequel "Schwarzie" se glisse le mieux. Mais il possède aussi une tête bien faite; les biographies officielles qui lui sont consacrées créditent le patron de "la Tempête du désert" d’un IQ (Quotien Intellectuel) de 170, un score qui frise le génie! Un score qui s’explique peut-être par ses antécédents qui ont contribué à former précocement son intelligence. Son père, Norman Schwarzkopf Senior, fut lui aussi général qui, de même, a connu la gloire en son temps en étant désigné par le général C. Marshall, en 1946 comme conseiller spécial en Iran où il était un des organisateurs du retour du shah sur le trône. De même qu’il eut l’occasion de diriger l’enquête sur l’enlèvement du fils de Charles Lindbergh.

Dans sa jeunesse, Norman Junior découvre pour la première fois, en Iran, les mystères de l’Orient. Par la suite, il voyage en Europe, au gré des affectations de son père. Il y perfectionne son éducation intellectuelle et apprend le Français et l’Allemand. Il s’initie aussi à la musique et en particulier à l’opéra, qui reste dans le désert sa seule distraction; lors de ses déplacements sur le front, il ne se sépare jamais d’un walkman et d’une collection de cassettes de Luciano Pavarotti, Willie Nelson ou Bob Dylan.

Bien après l’académie militaire de West Point, et bien après ses deux séjours mouvementés au Vietnam, Norman Schwarzkopf se tourne à nouveau vers l’Orient compliqué. Avec des idées simples et claires, il commence par observer l’évolution des forces, et en 1983, il prophétise les risques d’une explosion dans le Golfe et conçoit un plan d’intervention: il préfigure ce que sera, huit ans plus tard, l’opération "Tempête du désert".

A cause de cette intuition, et du fait que, près d’un an avant le coup de force des irakiens, il alerte sénateurs et militaires sur les risques de voir "l’Irak sur-armé imposant sa loi à la région", le président américain et son secrétaire de Défense lui confient sans hésitation ce qui fut dans un premier temps le "Bouclier du désert". A ce poste "l’Ours" donne toute sa mesure car le chef qui compte dans ses références le flamboyant Patton estime qu’une guerre doit être aussi courte (donc violente) que possible.

En liaison avec Washington de son bunker en béton à Riyad, il rendait compte à ses supérieurs hiérarchiques; Colin Powell, le chef d’état-major; Dick Cheney, le Secrétaire d’Etat à la Défense et au président Bush.

Schwarzie, rêvant de devenir "Norman d’Arabie", relisait "les sept piliers de la sagesse", de Lawrence d’Arabie. Il pourrait savourer la future cinquième étoile qui peut-être ornerait son col de treillis. Il deviendra alors l’égal des légendaires George C. Marshall, Ike Eisenhower, Doug Mac Arthur, Henry Arnold et Omar Bradley... De toute façon, il eut déjà les louanges de l’Amérique, certains lui prêtent un grand avenir politique, voire cinématographique.

Alléchées par sa façon d’exposer les shows tactiques de Riyad, des firmes lui avaient déjà proposé des montants énormes, 20000 à 30000 dollars par conférence. Mais lui reposait sur l’idée que l’armée américaine s’est déjà restaurée le moral, après avoir été érodée par l’aventure du Vietnam; ce cauchemar dans la jungle d’Indochine, où Schwarzkopf vécut lui même la détresse de ses soldats dans la boue et le luxe des officiers de l’arrière. Ravi d’avoir tenu sa promesse, en emportant dans ses valises une petite bouteille remplie de sable koweïtien pour son fils et le drapeau de la victoire pour son pays, Schwarzie pense déjà au lendemain de son "coming home" à Tampa, en Floride, auprès de sa femme Brenda et ses enfants.

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