Biographie


 

CHAPITRE 16

LES 100 HEURES QUI AVAIENT PRÉCÉDÉ
LA VICTOIRE

 
Une guerre aérienne ne peut être une fin en soi. C’est une phase nécessaire de la guerre moderne, mais insuffisante pour emporter la décision. La guerre ne se terminera que sur la terre, dans le sang...

Après sept mois de conflit et quarante jours de bombardements, après que le commandement allié s’était rassuré que presque la moitié du potentiel militaire irakien déployé sur le KOT (Théâtre des Opérations du Koweït) était déjà détruite, et, se rassurant d’avoir respecté les normes de l’OTAN, qui notent que 35% des destructions suffisent à rendre un arsenal impuissant, la bataille terrestre fut déclenchée. Cent heures suffisent aux Alliés pour trancher la légende de ce que fut appelée "la 4e armée au monde".

Depuis Cannes et Austerlitz, c’est toujours pareil. Fixer, faire croire à l’ennemi qu’on va mener une bataille frontale et déborder largement sur les ailes.

Le Général Schwarzkopf s’est vu recommander de feuilleter "les sept piliers de la sagesse" de Lawrence d’Arabie, aussi bien que la lecture attentive des carnets de guerre du maréchal allemand Erwin Rommel. Le chef de l’Afrika Korps a en effet disserté sur la "guerre du désert". Même ses vainqueurs, l’Anglais Montgomery et l’Américain Patton, se sont inspirés de ses principes: ne jamais attaquer de front un dispositif enterré et préparé de longue main; le contourner à tout prix et à toute vitesse. Autrement dit, ne pas jeter des blindés sur une forteresse cuirassée.

Lors de la période du "Bouclier du Désert" s’étendant jusqu’au 15 janvier, la manœuvre du général Schwarzkopf était comme suit: afficher le dispositif sur le sud du Koweït avec un petit enveloppement vers l’ouest par le 7e corps américain et, en même temps, maintenir les Marines embarqués au large, ceci, pour faire croire aux Irakiens à une manœuvre d’encerclement classique de l’ouest, et à un débarquement massif du côté est, alors qu’il planifiait pour une opération d’encerclement beaucoup plus large.

Au lendemain du début de la "Tempête" après que les Alliés eurent réalisé la maîtrise du ciel, et profitant de la confusion engendrée par les bombardements, le général Schwarzkopf débuta le déplacement du XVIIIe Corps aéroporté américain avec la division Daguet qui lui est affectée, et le VIIe Corps blindé accompagné de la 1ère division blindée britannique, de façon à prendre position très à l’ouest, à 500 km de la frontière du Koweït, avec une discrétion totale. Seules les forces des pays arabes et quelques unités des Marines étaient restées face à la frontière koweïtienne pour la déception. C’était le défi total: déplacer deux Corps "Fully Loaded", avec leurs montagnes de matériel, sans donner à l’Irak aucun indice! Ce n’était pas un boulot facile, et dire qu’il a pu tracté plus de deux cent mille engins à travers des centaines de kilomètres dans un désert sans être détecté!...

Schwarzkopf avait du mérite. L’essentiel donc de la manœuvre était d’effectuer un enveloppement des forces irakiennes par le XVIIIe et VIIe, en fonçant à travers l’Irak jusqu’à l’Euphrate, et, par suite, détruire les unités de la Garde prises à revers. Les autres forces (US Marines et forces arabes) avaient à intégrer le Koweït et libérer la capitale.

Au premier jour de l’attaque terrestre, ce sont les troupes saoudiennes et les US Marines qui foncent en premier à travers la frontière sud du Koweït sur l’axe côtier, faisant croire aux Irakiens que cette attaque frontale était celle de l’effort principal. En même temps, de Raflha’ (500 km de la côté Koweïtienne), le XVIIIe corps aéroporté, avec Daguet au flanc gauche, effectuait déjà ses premiers bonds aériens et terrestres vers le Nord, dans un désert presque sans défense, installant en profondeur des immenses bases d’approvisionnement en fuel et en munitions. Sa grande vitesse de progression lui a permis de contourner les divisions mécanisées irakiennes avec un délai sans précédent; c’est la 101e division aéromobile qui arrive en premier au nord de la vallée de l’Euphrate-Tigre (loin de 100 km de Bagdad), formant une muraille, bloquant ainsi le retrait des troupes irakiennes. Bénéficiant de l’effet de surprise, indispensable à la réussite de toute offensive, le VIIe corps blindé, accompagné des forces arabes, lance son attaque latérale et progresse au fond du territoire irakien et koweïtien, exécutant ainsi l’attaque principale.

Pour les Irakiens, le danger d’un débarquement géant des US Marines, du côté de l’est, les avait poussé à garder les 450 000 hommes des divisions mécanisées et blindées, en plus des 110 000 hommes de la Garde Républicaine, dans une position optimale pour être encerclés; tout était au Koweït et à la limite du Koweït, sans écran sérieux à l’ouest. Ainsi, au deuxième jour, le XVIIIe et le VIIe arrivant de l’ouest et du sud-ouest, ne trouvèrent aucune difficulté pour détruire la Garde et toutes les unités qui tentaient de se retirer vers le Nord du pays. Les US Marines avancent jusqu’aux limites de Koweït City, et pour des raisons diplomatiques, ce sont les forces arabes qui pénètrent en premier dans la capitale de l’Emirat... Ainsi cent heures ont fallu à Schwarzkopf, pour mettre hors de combat 42 divisions d’une armée qui fut appelée "la 4ème au monde".

En accumulant les erreurs, l’Irak avait offert la victoire aux alliés sur un plateau; sa faute tactique majeure c’est d’avoir positionné la Garde Républicaine, troupe d’élite et réserve de ses unités, du côté de Basra, alors qu’elle ne devait pas être là où elle était, mais plus au Nord-Ouest, en éventail, pour pouvoir manœuvrer aussi bien vers le Sud que vers le sud-est. Par contre, le général Schwarzkopf, retenant les erreurs du passé, a tout fait pour les éviter, surtout que le Pentagone optait pour la politique adoptée lors de la guerre du Vietnam: à savoir, planifier et diriger depuis Washington loin du théâtre des opérations. Même s’il a eu du mal à convaincre les responsables du Pentagone de lui laisser les coudées franches, le patron de la "Tempête du désert" a finalement pu appliquer son plan en les convaincant qu’ils devaient laisser ce travail stratégique à ceux qui avaient été chargés de l’exécuter.

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