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CHAPITRE 18 LES ARMES CHIMIQUES |
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Au lendemain du début du conflit du Golfe, tous les experts militaires occidentaux avaient été alertés, à cause de la détention de l’Irak d’un grand arsenal d’armes chimiques, surtout que ce dernier avait brisé le tabou de recours à ces armes, en les utilisant au cours de ses conflits avec les Iraniens (29434 gazés entre 1980 et 1988) et les Kurdes (5000 morts et 7000 handicapés, à la ville de Halabji, le 17 mars 1988). En plus des confirmations du président irakien, qu’Israël et l’Arabie Saoudite seraient les cibles de ses Scuds dotés d’ogives chimiques, si jamais l’Irak allait être attaqué. La vague de l’utilisation des armes non-conventionnelles revient au XXe siècle avant J.C. quand les Indiens commencèrent à imbiber la tête de leurs flèches par une matière utilisée pour l’anesthésie des animaux. C’était une méthode primitive et limitée. Il fallait attendre jusqu’au 1er siècle avant J.C. pour assister à l’utilisation sérieuse de produits nocifs ayant des effets de grande envergure sur une population entière: l’empereur Frédéric 1er de la Germanie, voulant s’emparer de la ville de Toruna (Italie), empoisonna les réservoirs d’eau de la ville, causant ainsi une grande tragédie aux habitants. Mais la mode de la guerre chimique revient au 22 avril 1915, où les Allemands avaient déversé 68 tonnes de chlore sur plusieurs régions, au sud de leurs frontières. Bilan: 5000 morts sur 15000 soldats gazés. Ce gaz est connu depuis sous le nom de Ypérite, pour rappeler la ville d'Yprus en Belgique, là où il avait été utilisé pour la première fois. C’est un gaz qui attaque les poumons et cause des asphyxies. Du fait de sa densité, le chlore se propage dans les niveaux bas, et, pour l’éviter, il est recommandé de se diriger vers les hauteurs; d’où la révélation de ce survivant d'Yprus qui avait regagné une colline pour échapper à l’étouffement; il constata au-dessous de lui un nuage dense, comme une marée verte (de là le nom du gaz moutarde). En 1936, et toujours en Allemagne, des recherches menées pour améliorer les insecticides aboutissent à la découverte du premier gaz de combat neurotoxique: le Tabun, puis le Sarin et le Soman. Ce ne fut qu’en 1952 que la gamme avait été complétée par les agents "V" dont le plus célèbre est aujourd’hui le «VX». Contrairement aux gaz toxiques (l’Ypérite), les gaz neurotoxiques ne sont pas vraiment des gaz, mais des liquides plus ou moins volatils, incolores et pratiquement inodores, que l’on peut répandre par voie aérienne sous forme de vapeur ou d’aérosol. Pour leur détection, ce n’était pas le grand boulot pour les Américains dans le Golfe, ils étaient dotés d’engins révélateurs spécialisés. Quant aux Saoudiens, réactualisant la vieille technique de 1914-1918,ils ne se séparèrent jamais dans leurs déplacements de leur cage à oiseau: pour eux, l’oiseau plus vulnérable que l’homme, serait le premier à manifester des signes de contamination! L’efficacité de ces gaz est redoutable: 10 mg par mètre cube d’air pollué suffisent pour tuer 50% des personnes exposées sans protection. Leur effet suspend la production d’une enzyme nécessaire pour la transmission de l’influx nerveux aux muscles: les premiers symptômes consistent en une transpiration excessive accompagnée de vomissements, qui dégénère plus tard en une sensation d’oppression sur la poitrine, suivie de convulsions, et au stade ultime, la mort par asphyxie. La parade médicale est délicate. Les armées modernes disposent d’une trousse de secours spécifique. En cas de danger d’attaque, les soldats peuvent absorber des comprimés d’un composé, la pyridostigmine, en mesure préventive, et si jamais quelqu’un est gazé il lui suffit de s’injecter immédiatement, à l’aide d’une seringue automatique comprise dans sa trousse, une substance lui disposant d'une demie heure de sursis pour un traitement médical plus poussé. La meilleure parade pour ces risques est évidemment le masque à gaz, mais ce dernier ne suffit pas pour se protéger du VX et du Soman, qui passent à travers les pores de la peau, ou de l’Ypérite qui l’attaque. Des vêtements de protection sont alors indispensables. Actuellement les lourdes combinaisons d’antan, totalement étanches, taillées dans un caoutchouc spécial, ont été remplacées par des vêtements de textiles "non tissés" garnis de charbon actif, qui, un peu à la manière d’un "masque à gaz corporel", laissent passer l’air mais pas le produit toxique. Quels étaient les risques du recours aux armes chimiques dans la guerre du Golfe? La menace chimique, comme toute autre arme de dissuasion, vise en premier lieu les populations civiles, très difficiles à protéger (les zones gazées ne pourraient pas être accessibles que plusieurs heures après pour le Sarin, quelques jours pour le VX et quelques semaines pour l’Ypérite). Mais en revoyant un peu l’histoire contemporaine de l’utilisation des armes de dissuasion (chimiques ou nucléaires) au cours de ce siècle et en allant de la Belgique en 1915 jusqu’à nos jours, en passant par Hiroshima (1946), la guerre du Vietnam (1961-65), l’Afghanistan (1982-83), l’Iran-Irak (1980-88) on a pu facilement remarquer que l’utilisation de ces armes monstrueuses avait lieu à chaque fois qu’il n’y avait pas de risque de riposte d’un même calibre ou encore plus. Pour cela, il était clair que, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’utilisation de l’arme chimique était presque inexistante, vu l’équilibre de la terreur de part et d’autre, contrairement au recours à la bombe nucléaire, qui était toujours sans rival! Et ce qui était vrai hier l’est toujours aujourd’hui: l’Irak, qui avait beau parlé de son arsenal chimique, voire nucléaire, d’origine allemande, britannique et même américaine, n’avait jamais osé l’utiliser, car il était dans la certitude qu’un tel recours pourrait lui être fatal. Pour cela, la "Tempête" avait pris fin, et bien qu’elle avait coincé l’Irak en bonne et due forme, le recours à ces armes de la part des Irakiens était quasi absent. Bien que plusieurs textes limitent l’utilisation de ces armes dites "les armes nucléaires du pauvre", beaucoup de pays entassent toujours de ces masses mortelles, et même s’en servent! Le protocole de Genève de 1925, signé par 103 pays (dont l’Irak), et plus tard par d’autres pays (les Etats-Unis en 1975!) après des appels incessants de l’ONU, élevant ainsi le nombre des pays signataires à 126, interdit l’emploi des armes chimiques mais n’interdit pas leur production ni leur stockage. Beaucoup de pays veulent s’en doter justement parce que ce n’est pas interdit, et, une fois qu’ils en ont produit, ils ne veulent plus signer un nouveau traité qui en interdirait la possession. Dans le cadre de leurs discussions sur le désarmement, l’URSS et les Etats-Unis sont tombés d’accord pour détruire l’essentiel de leur arsenal chimique mais jamais la totalité. Les espoirs de mise hors la loi internationale des armes chimiques restent aléatoires, malgré l’impact de la conférence de Paris, en janvier 1989. Mais peut être avec cette nouvelle ère internationale, qui semble venir à l’horizon, on pourrait assister à une vraie détente militaire qui pourrait mettre fin aux armes non-conventionnelles. Peut-être que la résolution N° 687 parue le 4 avril 1991, obligeant l’Irak à détruire son arsenal chimique et ses missiles balistiques (dépassant les 150 Km), pourrait être l’étincelle de cette nouvelle ère. |