Biographie


 

CHAPITRE 8

BUNKERS OU TANIÈRES...

 

Durant ses huit ans de guerre avec l’Iran, l’armée irakienne a entrepris une douzaine de batailles, défensives et offensives, mobiles et statiques, de jour comme de nuit.

Les experts militaires occidentaux en avaient tiré plusieurs leçons... dont nous citons quelques-unes :

  1. Les communications entre les unités de chars sont très pauvres.
  2. L’artillerie et les missiles sol-sol sont les armes les plus modernes et les plus capables de l’armée.
  3. L’utilisation des armes chimiques est S.O.P. (Standard Operating Procedure) pour les irakiens.
  4. Les avions de combat sont mal entretenus et la plupart des pilotes sont mal entraînés.
  5. Les travaux de génie sont nettement avancés, on y trouve les technologies les plus avancées dans les fortifications, surtout souterraines.

Qui était derrière ces travaux qui ont fait de l’Irak une forteresse souterraine?
L’internationale des bétonneurs de l’Occident a bien travaillé dans ce contexte.

C’est dans un contexte idyllique que les marchands d’armes et de technologie vont à Bagdad. Ils ont le cœur léger, après tout, ils sont tous, sans exception, encouragés par leurs régimes. L’Irak, point stratégique entre l’Occident et l’Orient, riche en pétrole et en eau, est un pays clé pour cette fin de siècle. Il veut se dégager de l’influence de Moscou? Il fait la guerre aux Iraniens... Il faut l’aider en lui vendant des armes. D’autant plus que c’est un bon payeur, c’est ce que prétendent actuellement toutes les entreprises ayant eu des relations avec l’Irak avant l’embargo imposé par le Conseil de Sécurité en août 1990.

Aujourd’hui, on a compris pourquoi l’armée irakienne a résisté autant aux feux des forces alliées. Une armée d’un million d’hommes pour qui la guerre est une routine. Des milliers de chars, plus de 700 avions, des pistes souterraines, des centaines de missiles Scud et leurs modifications, des milliers de tonnes d’armes chimiques ou bactériologiques disséminées sur tout le territoire. Et un peu partout aussi, les leurres et les systèmes de camouflage les plus sophistiqués!

Plusieurs bases souterraines ont été construites en Irak depuis 1982; d’immenses bunkers souterrains qui ont permis du nord au sud de défier le déluge de feu de la coalition en protégeant les avions et les missiles grâce aux entreprises des mêmes pays qui avaient attaqué! "Les portes blindées étaient de conception italienne, les coffrages spéciaux, français, les centrales électriques étaient équipées de matériel anglais et allemand, l’étanchéité au gaz et le filtrage radioactif, assurés par des dispositifs suisses, et d’autres de Suède". C’est ce que révélait un ingénieur belge responsable dans quelques uns de ces chantiers tenus par une firme belge. Un autre affirmait: "Durant tous les travaux, nous faisions coucou aux satellites espions! Tout le monde disposait des plans, certains s’en servaient même pour emballer leurs bagages. Il est évident que l’Occident savait exactement ce que nous construisions". A Londres, le Président de la Federation of Nuclear Shelter Consultant and Contractors, reconnaît avec restriction, sa participation: "En 1984, on a fourni des plans à la demande d’une agence gouvernementale irakienne. Ensuite, on n’a pas eu de leurs nouvelles, car ils se sont débrouillés tout seuls. Le gouvernement britannique n’a pas été prévenu de cette transaction, d’autant plus qu’à l’époque tout le monde aidait l’Irak contre l’Iran". A Paris, un des conseillers au Ministère du Commerce Extérieur reconnaît qu’il n’y a nul besoin d’une autorisation pour ce genre d’exportation, contrairement aux ventes d’armes". N’empêche que les bunkers irakiens donnent du fil à retordre aux Alliés. "Nous étions au courant de ces sites, a reconnu un général de la Royal Air Force à la BBC, mais la destruction de tels abris est une tâche extrêmement difficile". L’épaisseur de leur carapace en béton, supérieure aux normes de l’OTAN, atteint souvent 1,60 m. Or les missiles américains Maverick ne peuvent percer qu’une épaisseur de 1 mètre. Un seul autre missile au monde est capable de passer à travers deux mètres de béton avant d’exploser: L’As 30 de l’Aérospatiale, guidé par laser et que les Jaguar français engagés dans le Golfe, lâchaient à 10 km de leur cible. Très intéressés devant la tournure des événements, les Américains ont entamé des discussions avec l’Aérospatiale pour adopter ce "perce-muraille" sur leur F 16. "Les bombes guidées par laser ont en effet l’inconvénient d’arriver sur leur objectif de manière trop inclinée, elles ricochent sur les hangars bétonnés recouverts d’une couche épaisse de sable", explique un technicien de l’Aérospatiale. Faute de mieux, l’aviation alliée a neutralisé ces bases souterraines en bombardant leurs pistes. Les derniers abris construits par les Belges sont eux encore plus coriaces. Comme sur un porte-avions, où les chasseurs son catapultés, les jets irakiens peuvent décoller sous terre! En novembre 1985, dans la revue Défense et Armement, un témoin livrait des détails sur une des ses bases enfouies à 50 mètres sous les montagnes et décrivait cette scène ahurissante de vacarme: "les Mirages, freins bloqués et "post-combustion" allumés s’arrachent du fond de ces tunnels. Sept mètres de béton protègent la zone de décollage, suffisamment assez pour permettre l’utilisation de fusées auxiliaires. Au moment où ils émergent de la rampe de lancement souterraine, les avions ont décollé". Plus besoin de pistes à l’air libre, trop vulnérable. Mais pour cet ingénieur belge qui les connaît bien, "ces porte-avions souterrains" présentent un talon d’Achille: leurs lourdes portes de sortie en acier blindé à ouverture rapide présentent le handicap; une bonne explosion au pied d’une porte pourrait la bloquer définitivement. Et les avions ressembleraient alors à des lingots d’or coincés au fond d’un coffre-fort inviolable", estime-t-il. Pas au bout de leur peine, les Américains auront eu la surprise d’apprendre que cet AS 30 laser, qui pourrait leur faciliter la tâche, a été exporté dans trois pays: l’Egypte, la Jordanie et justement... l’Irak!

Côté "urbanisme souterrain", des experts allemands ont révélé que le bunker de commandement du président irakien aurait coûté 100 millions de dollars. Il faut dire que l’ensemble de ce bunker repose sur une dalle flottante de caoutchouc qui lui permet d’être insensible aux ondes de choc provoquées par les bombardements. Les plans du bunker ont bien été réalisés dans les bureaux d’études de plusieurs entreprises européennes. La salle de commandement spatiale, est selon des techniciens ayant participé à sa construction, celle qui est apparue sur les écrans de la télévision irakienne. Les escaliers et les couloirs qui y mènent, sont sous le feu de mitrailleuses automatiques! Pour descendre dans le bunker, on utiliserait une lourde porte qui donne accès à un ascenseur blindé sous surveillance vidéo et fonctionnant grâce à un code changé régulièrement et à une carte magnétique personnalisée. Au niveau (-1) se trouvent les gardes du corps avec le dortoir qui leur est réservé. Au (-2), le centre de commandement et de communications ainsi que les appartements présidentiels et enfin, au niveau (-3), les générateurs, le système de ventilation et les réserves d’eau pompées des puits qui plongent à 400 mètres de profondeur dans une nappe impossible à polluer.

Les services de renseignements occidentaux ont quelques idées plus précises sur ce bunker mystère. Il est entièrement construit en béton armé renforcé, adoptant une technique qui est utilisée dans la construction des grands barrages et qui donne à ces murs de 2 mètres d’épaisseur (qu’une chaleur de 300 degrés C ne peut entamer), une résistance comparable à celle de parois sept fois plus épaisses.

Afin de tester les matériaux de construction exposées aux tremblements de terre, de nombreux pays, dont le Japon et la France, ont mis au point des "tables vibrantes" reposant sur un socle en caoutchouc spécial ou sur d’énormes ressorts. Les Irakiens ont employé la même technologie de pointe. Des experts britanniques estiment qu’en cas d’attaque nucléaire directe, on n’y ressentirait qu’une légère secousse, de plus, le bunker est doté d’un système très sophistiqué de filtrage d’air, un groupe électrogène disposant d’une importante réserve de carburant, un stock de nourriture suffisant à une vingtaine de personnes pour plus d’un an. Tout a été minutieusement bien préparé. L’alimentation en eau elle-même, ne peut en aucun cas subir des dommages, le bunker disposant d’un puits relié à une nappe souterraine fossile située à 400 mètres de profondeur.

Pour profiter de toutes ses fortifications souterraines, l’Irak a creusé sous la capitale, des galeries sillonnant le sous-Baghdad; plus d’une vingtaine de kilomètres qui relient entre eux le Palais Présidentiel, le ministère de la Défense, le siège du parti Baath, le centre de communications, le ministère de la Sécurité, le bunker et les QG secondaires, le centre administratif... A croire qu’on se trouve dans un métro!

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